« Pendant deux jours de formation, nous femmes, mères, jeunes filles, survivantes, avons appris à mettre des mots sur des pratiques qui ont été longtemps tues. Nous avons également analysé les conséquences des mutilations génitales féminines (Mgf) telles que douleurs chroniques, complications obstétricales, traumatismes psychologiques, et surtout, le poids du silence imposé par les traditions » a révélé Eri Ouattara, le lundi 12 janvier 2025, presque deux mois après l’atelier de formation dans les salles du district sanitaire de Bouna et à Doropo (nord-est ivoirien, région du Boukani), le mardi 11 et le mercredi 12 novembre 2025 où huit groupes d’action communautaire (Gac) et quatre Espaces amis des femmes (Eaf) du Bounkani ont converti leur vécu de victimes en moteur d’engagement collectif contre les mutilations génitales féminines (Mgf) et les violences basées sur le genre (Vbg)
Selon le chef du bureau régional de Caritas Côte d’Ivoire dans le Bounkani, Bleu Narcisse, cette formation vise à rendre autonomes les femmes afin qu’elles s’approprient le problème et mettent fin au silence pour éléver leurs filles dans un environnement sûr et serein martelant que les Mgf ne sont pas une fatalité culturelle mais une violation des droits humains constitue la première étape vers le changement.
« Les Mgf et les violences faites aux femmes et aux filles constituent une violation grave des droits fondamentaux, une forme de discrimination basée sur le sexe et une source de souffrance physique et psychologique », a déclaré sans ambage la cheffe de bureau régional de Caritas Côte d’Ivoire avant d’insister pour dire que l’implication des communautés est indispensable, « car ni les lois ni les programmes nationaux ne suffisent si les populations ne se sentent pas elles-mêmes actrices du changement ».
En plus de la sensibilisation, ces femmes qui ont participé à cet atelier ont été formées à des compétences pratiques pour ‘’identifier une fillette exposée au risque d’excision, connaître les recours légaux et orienter les survivantes vers les soins médicaux et l’accompagnement psychologique’’.
Les Gac, qui sont des acteurs clés de proximité, ont aussi bénéficié de techniques de dialogue intergénérationnel, un élément essentiel dans une région où les croyances liées aux Mgf se transmettent depuis des générations.
Rappelons que le Projet Muskoka pour la santé de la femme et de l’enfant mise sur une stratégie participative, à savoir les femmes formées deviennent des relais communautaires, des médiatrices et des protectrices au sein de leurs villages. Cette initiative, mise en œuvre par Caritas Côte d’Ivoire avec l’appui d’Onu-Femmes, s’inscrit dans un partenariat avec les ministères de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle, du ministère de la Protection sociale et du ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant.
La volonté de « briser les tabous et encourager le dialogue » constitue le pilier central de l’intervention. « Dans de nombreuses familles chez nous ici, l’excision est perçue comme une obligation culturelle. Des grand-mères perpétuent ce qu’elles ont subi, des mères y voient une protection pour l’avenir marital de leurs filles et la communauté sanctionne les écarts à la norme. Mieux certaines qui ont subi cette atrocité trouvent refuge ailleurs pour protéger leurs filles », a rappelé Mlle Eri.
Pour ces Ong et leurs partenaires, l’objectif est de faire des femmes longtemps réduites au silence, les porte-voix d’une génération nouvelle, dans le Bounkani.